Rencontre avec Fetra Ratsimiziva
Le 26 janvier 2019 nous avons rencontré Fetra Ratsimiziva, vice champion d'Afrique de judo, porte drapeaux au Jeux Olympique de 2012, qui a quitté son pays pour la France.
En 2009 suite à une crise politique Fetra décide de quitter Madagascar pour étudier en France. Ses parents n'y croient pas et ne le soutiennent pas. Il faut savoir que les démarches prennent 1 an avant de pouvoir partir. Une fois préinscrit à l'université, Fetra a cherché des correspondants sur internet capables de pouvoir l'aider. Il a rencontré un malgache habitant sur Toulouse pouvant l'accompagner dans ses démarches.
Début septembre 2009, le projet finalisé il le présente à ses parents. Le billet d'avion coûtait 500€ et sa famille n'avait pas les ressources nécessaires pour le financer. Fetra nous explique alors qu'il s'est investi dans le judo (sport qu'il pratiquait depuis longtemps) afin de se qualifier au championnat du monde qui se déroulait au Maroc. Il a donc obtenu un billet d'avion pour se rendre au Maroc afin de disputer cette compétition. Sur le chemin du retour, son avion faisait escale à Paris, il a donc décidé d'y rester sans le dire à ses parents.
« J'avais des amis sur Paris, je les ai contacté afin qu'ils m'indiquent le train en partance pour Toulouse. Je ne l'avais même pas payer, je pensais que cela se faisait à l'intérieur du train mais personne n'est venu me voir. Arrivé à Toulouse je suis descendu. J'avais 80€ en poche, je pensais trouver du travail et un logement juste en demandant autour de moi. A Madagascar c'est comme ça, si tu as besoin de travailler tu demandes et on te propose quelque chose. Ici, j'ai compris que cela serait plus compliqué. J'ai passé ma première nuit à l'hôtel ».
Par la suite Fetra a pu bénéficier de l'aide de la communauté malgache présente sur Toulouse pour dormir et manger durant quelques jours. La famille qui l'accueillait le soutenait dans sa démarche de reprendre ses études. Lors de l'inscription à la FAC Fetra se rend compte qu'il doit payer les frais d'inscription qui s'élève à 400€. Ne pouvant pas se les payer mais souhaitant faire bonne figure devant la famille, Fetra se rendit tous les jours à 8h à la fac « je partais tous les matins pour faire croire que j'allais à l'école, je ne voulais pas les décevoir et leur montrer que j'avais échouer. Je restais donc dans le hall à attendre, jusqu'au jour où un étudiant malgache m'a repéré et m'a proposé de venir vivre chez lui. Tout est allé très vite, il m'a payé les frais d'inscription et j'ai pu commencer mes études de STAPS. A la suite de cela, il m'a aussi trouvé un travail dans une station essence. »
« Etant repéré
comme judoka, j'ai intégré un cursus mêlant le judo, le travail et
les études. Grâce à mon statut de judoka, je n'ai pas payé ma
licence de sport. J'ai passé ma 1 ère année en 3 ans tellement
c'était compliqué pour moi, et ma 2ème année en 2 ans. Les études, c'était tout nouveau, et je découvrais des choses différentes de mon
pays.
A Madagascar les classes sociales sont séparés, ici
professeur et élèves parlent et fument ensemble. Au pays ce n'est
pas possible, nous avons garder l'esprit colonial, le respect des
personnes âgés : «les maîtres suprêmes », il ne
faut jamais dire non aux personnes plus âgées, c'est un manque de
respect. Aujourd'hui je me rends compte qu'il faut savoir s'adapter
et s'affirmer afin de progresser et d'être heureux. Ceux qui
arrivent en France, les « blédards » comme moi, ils
disent toujours "oui" mais au fond ils ne veulent pas le faire alors
fuient sans rien dire plutôt que d'assumer leur position. »
Malgré l'obtention de sa licence Fetra se rend compte ,qu'en tant qu'étranger n'ayant pas la nationalité française, il est compliqué d'obtenir du travail. Certains patrons ne peuvent pas le garder pour des causes administratives et financières. Il devait donc cumuler plusieurs petits boulots pour pouvoir continuer à payer son loyer, répondre à ses besoins primaires et surtout pouvoir prétendre à la nationalité française : 22h de travail dans un restaurant la semaine et 35h en tant que veilleur de nuit.
«
En novembre 2016 j'ai fait une demande de nationalité française, un
mois après, décembre 2016, je reçois une OQTF (obligation de
quitter le territoire français), le ciel me tombait sur la terre,
les mots que je lisais faisait peur. Je ne comprenais pas cette
décision. J'ai appelé un avocat qui m'a aidé dans la minute qui a
suivie. Encore une fois mon statut de judoka m'a aidé, j'ai appelé
les ministres de Madagascar (sport + affaires étrangère) ils ont
rédigé des lettres pour me soutenir».
Aujourd'hui,
Fetra a de nouveau déposé une demande de nationalité, son rdv est
prévu pour mai 2019, il compte sur son entourage et son statut de
sportif pour étayer son dossier.
Grâce à son parcours en France, il a pu aider sa famille à Madagascar en leur envoyant de l'argent. En juin 2018 il a pu faire venir sa sœur pour qu'elle participe au festival folklorique à Lyon «elle à 16 ans, je l'ai gardé en France avec moi, je l'ai scolarisé et fait une demande de circulation qui a été refusé. Tout est très dur en France pour obtenir quelque chose. » C'est ce que l'on appelle « l'Asymétrie de la circulation ».
Avec son frère, Fetra a ouvert sa propre salle de musculation dans le centre de Madagascar. L'argent lui permet d'aider sa famille.
« Je connais pas mal de Malgaches qui ont eu le même parcours que moi. Certains ont des doctorats et n'ont pas trouvé de travail. Ils ne veulent pas quitter la France. Vous savez, nous les malgaches on n'aiment pas sortir de notre zone de confort, une fois que l'on est installé quelque part on a pas envie de tout quitter pour tout reconstruire ailleurs. C'est assez compliqué comme ça. On reste beaucoup entre Malgache, c'est compliqué d'avoir des amis français, on a pas le même sens de l'humour, on ne passe pas les mêmes soirées. Au fil du temps j'ai réussi à comprendre les français, à repérer ce qui les faisait rire. »
Et ton avenir ?
« J'envisage de rester en France, en souhaitant faire beaucoup de projets à Madagascar. J'ai ouvert un compte sur Facebook pour aider les jeunes dans la préparation physique. Je suis président d'une association d'un club de foot à Madagascar (j'envoi 30€ par mois pour que les jeunes puissent s'inscrire). Je souhaiterai lancer ma propre marque de vêtement mais pour le moment je manque de financement pour promouvoir la marque. Entre ma sœur, le sport, et le boulot j'ai peu de temps. Je reprends la compétition, j'aimerai me qualifier pour les JO de 2020 mais avec ma blessure cela risque d'être compliqué. »
